Vendredi 14 septembre 2007 à 0:05

Aie.
Mal. La tête. Dur, le réveil. Pas la peine de chercher plus loin, j'ai la gueule de bois. Mal. Mal mal mal. Je ne me souviens pas trop de ce qu'on a fait hier soir. On. On, c'est moi et la vingtaine de cadavres qui hantent cette maison. Quoique, avec de la chance, ils auront survécus au coma éthylique. J'ai l'air con, je parie, allongé sur le dos, en travers du sofa, le bec ouvert avec ce mal de crâne. Je me rappelle vaguement ma cinquième bouteille de... de quoi, au juste ? Enfin bref. Je ferai mieux d'aller dans la salle de bains, voir si je peux prendre une douche bien froide. Au moins sur ma tête, je veux sortir de cette gueule de bois insupportable. Sauf que je ne me vois pas franchement marcher.
Bon, à ce niveau, autant jouer la larve. Je me suis laissé glisser sur le sol, avec plus ou moins de douceur, et j'entrepris de ramper jusqu'à la mythique salle de bain, tel un soldat sous les barbelés. Mon appartement... ou plutôt ce qu'il est advenu de mon appartement, est un champ de bataille tapissé de bouteilles d'alcool un peu partout, mais j'ai encore trop mal pour lire les étiquettes. On trouvait aussi des corps ça et là, certains prouvant qu'ils étaient toujours vivants par des ronflements par trop sonores. Apparemment j'étais le seul être conscient de cette piaule, et au final, ce n'est pas franchement plus mal. Je proteste tout de même contre les crétins qui se sont endormis dans le passage, rien que me mettre à quatre pattes semble être un effort surhumain, alors les enjamber.... Je crois que je n'avais encore jamais absorbé une telle quantité d'alcool. Complètement HS, je suis vraiment la larve du moment. Normalement, on boit entre amis, et même lorsque le but final est d'être saoul, je ne pense pas qu'on doive aller si loin. On a probablement un peu abusé. Je suppose que j'ai dû croiser le coma éthylique en chemin, comme les autres, juste histoire de, sans m'arrêter.
Alors que je passais sur le carrelage blanc de ma salle de bains, je me demandais combien de fric on avait dû claquer en alcool, et aussi combien de magasins avait-on pillés pour amasser cette quantité. Enfer, frustration et jambon, il y a quelqu'un dans la baignoire. Et je ne possède pas de cabine de douche. Moment d'hésitation extrême. Est-ce que je tente de tirer cet immonde sac à... choses, hors de ma précieuse baignoire, ou est-ce que je passe outre et je me rince la tête avec lui en dessous ? Deuxième solution adoptée, il l'a bien cherché.
Alors que l'eau froide me resserrait les os du crâne tellement fort que j'ai l'impression qu'elle va comprimer  un peu trop mon cerveau, j'observai les réactions de l'autre abruti. Rien. Il continue de dormir comme un ours soudainement tombé en hibernation. Bon, maintenant que ma boîte crânienne ne ressemble plus à rien, il est temps d'essayer de se lever. Et c'est parti, on pousse sur ces foutues jambes et on se casse la gueule, allez ! Je suis vraiment naze, totalement hors service, là. Je crois que je pousserais bien un gros grognement mais ouvrir la bouche est totalement dispensable. Je suis en train de me rendre compte que je n'ai pas fait les choses dans l'ordre. Non. D'abord, j'aurais dû poser (à haute voix) le si habituel "Où suis-je ?" et tenter vainement de reconnaître mon sofa (que je ne suis pas prêt d'oublier vu le prix que ce machin m'a coûté) et la pièce alentour, pour finir par m'exclamer d'un coup "Ah, je suis chez moi.".
Je n'ai donc pas respecté le protocole. Enfer et purée de jambon. Alors, je pourrais tenter de me rattraper...

- Quelle heure est-il ?

Ah, ça ne sonne certes pas aussi bien que "Où suis-je ?", c'est sûr, mais la réponse a le grand mérite de m'intéresser en plus d'être vachement utile. Mais ce ne fut que le vide qui me répondit, un silence pas si silencieux car peuplé de (trop) nombreux ronflements.
Je vais aller dans la cuisine, j'ai soif, mais cette fois pas question de boire quelque chose d'alcoolisé... Si toutefois il reste une boisson correspondant à cette description dans ce qui était autrefois ma maison. Mais il est permis d'espérer. Le chemin de la cuisine passait inévitablement par le salon, et c'est ainsi que je vis Nick tomber de son fauteuil en plein milieu de mon chemin.
Nick est quelqu'un avec qui j'avais fait les quatre cent coups, et même beaucoup plus, dans le genre quatre cent mille coups, vu le nombre de conneries monstrueuses qu'on a faîtes ensemble. Et qu'on fera ensemble, tant que nous sommes jeunes, vigoureux, volontaires et affreusement débiles. La chose chez Nick la plus surprenante était qu'il avait les yeux ouverts. Cool, je n'étais visiblement plus la seule entité consciente dans cet espace temps pour le moins étrange.

- Alors, Nick, t'as décuvé ?

Il ne me répondit pas tout de suite, ouvrant et fermant la bouche comme un poisson rouge hors de l'eau.

- T'es encore un peu flou, mais je dégrise, je dégrise, me répondit-il.
- Toujours ça de gagné. Je rampe jusqu'à la cuisine, tu m'accompagnes ?

Après m'avoir refait le coup du poisson rouge encore une fois, il s'est mis sur le ventre et a entreprit de m'accompagner en mode "larve" jusqu'à la dite cuisine. On se serait cru dans un film, à ramper comme ça. Manquait plus que le décor genre barbelés et tout et tout. Heureusement pour moi ce n'était pas le cas. Nous sommes finalement arrivés dans la cuisine, où Nick s'est aidé d'un tabouret pour s'affaler sur la table (renversant ainsi deux verres et une bouteille, qui au lieu de s'éclater sur le sol tombèrent dans la providentielle poubelle qui se trouvait là) et où je me redressais dans une posture bipède, non sans appui sur le lavabo.

- C'était géant, affirma Nick avec un air légume plus vrai que nature.

C'est que pour un peu ce crétin se serait mis à baver sur ma table, en plus.

- J'avoue que je ne me souviens pas de grand-chose.
- Quel dommage. T'étais pourtant pas à la ramasse, hier soir.

Syndrome de la fête qui dérape : c'est le lendemain matin que vous apprenez toutes les actions qui sont retenues contre vous et qui vous colleront à la peau comme des sangsues. La durée durant laquelle on parlera de vos "exploits" étant directement proportionnelle au nombre de points communs en vos amis et des hyènes. Ordinairement, je m'arrange pour ne pas tomber dans ce genre de situation, autant parce que je tiens à conserver ma réputation dans son état actuel (ce qui veut dire : quasi-inexistante) que parce que j'aime bien pouvoir me regarder dans le miroir sans avoir à penser "Putain, ce que j'ai été con à ce moment là". Mais visiblement je m'étais fait avoir.

- Allez, vas y, dis moi toutes les débilités que j'ai fait, comme ça je serai fixé.
- Je vais pas te faire une liste non plus, grommela mon ami.

Ah, alors j'ai pas fait tant de trucs que ça, hein ?

- Mais, lorsque le voisin est venu demander la raison de la fête c'est toi qui lui a ouvert

Ah.
Là, évidemment, ça se complique.

- Et, j'ai répondu quoi ?

Nick se tourna lentement vers moi et arbora un sourire qui aurait pu être dans un pub de dentifrice.

- La vérité.

Ah.

- Vraiment ?
- Vraiment.

Ah.
J'ai tendu le bras et attrapé la bouteille d'eau qui traînait non loin avant de m'en envoyer une grande rasade. Ouais, j'avais fait une seule connerie, mais c'était une grosse. Après une demi-douzaine de longues gorgées de flotte, j'ai regardé Nick droit dans les yeux.

- Et vous avez fait quoi pour rattraper ça ?
- On s'est occupé de lui.

J'ai alors décidé de prendre une très longue gorgée de flotte, avant de regarder mon compagnon se lever et se diriger vers le réfrigérateur.

- Menu du jour : viande froide ! s'exclama-t-il en ouvrant d'un coup sec la porte de ce dernier.

J'avoue que le cadavre de mon vieux voisin aurait pu avoir meilleure mine. Nettement meilleure mine. Mais bon, vu son état avancé de congélation, j'estimais que c'était pas si mal. Le froid avait considérablement retardé la décomposition cadavérique, surtout que le corps devait avoir au maximum une dizaine d'heure. Nick était écroulé de rire, et je suis prêt à parier que l'idée de le mettre dans le frigo venait de lui. Ou de moi, en fait, à l'intention de cette blague on ne peut plus stupide sur la viande froide. Le cynisme et le morbide sont les enfants de l'humour noir, ou les parents, c'est au choix. Et nous étions tous les deux de fervents pratiquants de cet humour qui repousse l'écrasante masse des gens "sains d'esprit". Je ne me sentais pas particulièrement attristé pour mon voisin, pour une foule de raison, mais j'étais bien content que Nick ai su rattraper ma bourde. J'ai pris la bouteille de jus d'orange que j'avais aperçu dans la porte de mon réfrigérateur et j'ai gagné le salon (toujours avec une posture bipède, ce dont j'étais assez fier) où je me suis laissé tomber sur le canapé, près du corps d'un autre fêtard. Mon frère d'armes passa la porte quelques secondes plus tard rampant comme un ver de terre rhumatisant. Il se dirigea vers la chaîne hi-fi et l'alluma. Je devinais facilement son but : sortir une musique géniale à un volume épouvantable. Pour l'empêcher de commettre son méfait, je lui ai envoyé le premier objet qui me tombait sous la min (à savoir, une télécommande) en plein dans la tête. Il se mit à rire à nouveau, et moi-même je souriais bêtement. Je me suis alors tourné vers le type qui partageait le canapé avec moi. Je ne l'aimais pas particulièrement, même si je devais lui reconnaître des qualités. Il avait du charisme, il était intelligent et cultivé. Il avait le sens de la magouille. Mais je l'avais invité pour une raison simple : il était l'invité d'honneur. Eh oui. N'est-ce pas, espèce de truc informe ? C'est pour toi qu'on l'a fait cette fête.

- Au fait, Nick.
- Oui ?
- Tu as regardé, hier, les résultats ?
- Evidemment.
- Et donc ?

Nick inspira profondément et se tourna vers le corps inerte de l'autre occupant du canapé.

- Il a gagné, déclara-t-il tout sourire.
- Fantastique ! m'exclamai-je en brandissant ma bouteille de jus d'orange comme si c'était un verre et que je me préparais à porter un toast.
- N'est-ce pas ?
- Fantastique.

Donc hier la fête avait été bien vue. On n'avait pas fait la fête pour rien. J'ai regardé vers l'autre ahuri, reposant de toute sa masse sur le canapé, puis j'ai regardé Nick à nouveau.

- C'est cool, t'auras pas le déplacement pour rien. Les autres non plus.

Le connard à ma gauche avait brisé le cœur de la femme que j'aimais, de façon volontaire et délibérée. J'avais bien tenté de lui pardonner. Mais il y a des choses que l'on ne pardonne pas, d'autant que je suis quelqu'un qui a un code moral très strict sur ce genre de trucs.

- Je pense que la suite des évènements va être franchement intéressante, dit Nick à voix basse, presque en murmurant.

Il arborait ce demi-sourire qu'il avait dans les moments où il était d'humeur joyeuse face aux emmerdes. Certes, Nick, certes. L'autre chose ne bougeait toujours pas. Ce n'était pas prévu de le tuer, à la base, mais on était tellement bien lancés qu'on a préféré faire ça au vol, juste, au cas où. Nick avait raison. Avec un meurtre, non, deux en fait,  sur les bras, la suite promettait d'être amusante. Mais néanmoins, fêter la mort de ce bâtard resterait à jamais gravé dans ma mémoire comme la meilleure fête jamais organisée. Et puis notre "victime", venait d'être élue président, alors, c'est la joie !

Par Apfel le Samedi 15 septembre 2007 à 16:53
Aha, je vois. C'était une fête de nature... peu ordinaire, dirons-nous.
Mais je t'avoue que je préfère [In]Sane, à vrai dire. Parce que la fin me fracasse plus. La surprise n'est pas aussi grande, cette fois-ci, je trouve. C'est moins... "han !", puisque j'ai perdu le mot correspondant. Je ne sais si tu comprends ce que je tente de dire, mais bon.
Bref, je ne critique pas la qualité du texte. Il est très bien écrit, et il reste tout de même cette satanée chute. Mais [In]Sane...
Par Apfel le Dimanche 16 septembre 2007 à 22:28
Oui, elle est mieux. Bon, je suis moins bonne juge désormais, car j'avais déjà la réponse à "l'énigme", en quelque sorte. Mais oui. Elle est mieux ainsi. Le suspens reste plus longtemps. Et le souffle qui se coupe. Point.
Par Natsuki-inconnue le Mardi 18 septembre 2007 à 20:58
HS ou presque :

J'ai pris ma prmeière cuite la semaine dernière, ma première gueule de bois. J'ia pendu ma crémaillèr ela soirée se finit à 3h et je me lève à 6h pour aller bosser à 7h, j'ai cru que j'allais crever.
Par MavangElle le Mercredi 10 octobre 2007 à 22:57
Arrête d'écrire aussi bien. Tes trames sont toujours aussi excellentes. Mais tu le sais. On ne se refait pas.
Par MavangElle le Samedi 3 novembre 2007 à 16:55
Tu m'as demandé il y a un temps quelle nouvelle je préfèrais. Aussi les ai-je toutes relues, une fois encore. Lentement, en prenant mon temps. Je ne pense pas que ma réponse sera claire, mais au moins aurais-je essayé.

J'apprécie beaucoup celle-ci, par son cynisme et son humour de pluie-brouillard, un peu comme les landes d'écosse. On rit, mais en silence, et une arme sur la tempe. Un récit froid et distant, cousu en points de "crois". J'adore. En simplicité.
 

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