Jeudi 26 juillet 2007 à 2:17

J'avais dormi deux heures, maximum. C'était pas franchement au programme mais Boris avait eu la gentilesse de ne pas me réveiller avant que ça soit nécessaire. Et c'était nécessaire, vu comment les otages s'agitaient. Mais bordel, qu'est-ce qu'ils veulent encore ? Plus ils s'agiteront plus on les réprimandera, plus ils auront peur, plus ils seront anxieux et terrorisés - plus ils seront aptes à faire encore des conneries. Un joli cercle vicieux.
Il y a un problème avec les otages, dumoins moi je trouve que c'est un problème, c'est qu'ils ont une frousse bleue, de nous je veux dire, et je trouve ça énervant. Mais d'un autre côté, si on les laisse nous prendre de haut, ça fera capoter toute l'opération et on pourra mettre en épitaphe "Game Over" sur nos tombes. De toute façon, quelque soit la façon dont je crèverais ça sera mon épitaphe. Quand aux autres... Quand aux autres je ne pense pas que mourir fasse partie d'une façon ou d'une autre de leurs projets immédiats - à savoir les projets des 10 prochaines années et faubourgs.
Alors, c'était quoi, leur putain de problème ? J'étais à moitié réveillé - ce qui, quelque part, est synonyme de "mauvais poil". D'après ce que m'avait dit Liam, l'un d'eux commençait à casser les couilles, genre sérieux, et fallait vite remettre de l'ordre. Evidemment, c'est moi qu'on envoie. Boris avait déjà assomé deux types par accident, on avait donc décidé que c'était à moi de m'y coller. Ou de leur coller des pins, plutôt.
Avec une finesse qui m'était naturelle, j'ai ouvert la porte avec un bon gros coup de tatane en plein milieu, ce qui l'a envoyé directement dans la tête de l'otage qui était juste derrière. Balayant la salle du regard, il me fallu moins de trois secondes pour localiser le type à qui je devais mon réveil. Un grand gaillard plutôt maigre, avec tout l'air d'être une grande gueule. Je l'ai choppé par les épaules, et je l'ai emmené dans la salle d'a côté. Juste histoire de lui refaire le portrait. Résultat : après deux minutes, je lui avais défoncé une pomette, fait deux cocards, et ses deux lèvres étaient fendues. Son nez pissait le sang, bien évidemment. Et j'avais été fair-play : je lui avais laissé une ultime chance de se défendre. Il avait tenté de me balancer un coup au menton, mais avec une telle lenteur que j'en avais profité pour lui briser le poignet. Je l'ai tiré par le cou, ré-ouvert la porte de la salle des des otages avec le même coup de tatane (et la porte a cogné la tête du même otage que la première fois), et j'ai montré cet abruti à toute la salle.
- Le prochain qui nous les brises, c'est deux fois ce tarif là.
A la façon dont leurs yeux se sont écarquillés je pouvais certifier qu'ils avaient compris. J'ai refermé la porte et j'ai été balancer cet abruti dans une autre salle d'otages, ce qui fut accueilli. Il faut avouer que notre cervelle avait bien vu les choses, et ducoup on avait des otages dans quatre salles différentes, plus deux autres salles où on avait attachés les boulets qu'on avait voulu séparer du groupe (et à qui on avait accessoirement refait le visage à grands coups de poings). Le tout extrêmement bien calculé pour que les salles soient à la même distance les unes des autres, ce qui faisait qu'aucune salle ne pouvait être mieux informée que l'autre sur ce qui se passait. De plus, la configuration de cette banque était propre à la défense : une seule sortie, un seul escalier vers les bureaux et le coffre qui se trouvaient être souterrains. A moins que le S.W.A.T. ne décide de faire péter le béton, ils étaient obligés de passer par la porte principale. Les escaliers/ascenceurs donnaient tous dans le hall principal, ce qui faisait qu'investir le toit était totalement inutile. Vu l'épaisseur des murs, ils devraient nécessairement utiliser un sacré paquet d'explosifs pour faire un vulgaire trou, cette option était donc à écarter. La seule option possible pour eux étaient l'entrée principale. Et là, entre notre amoureux du Semtex, Boris et moi-même, ils auraient du fil à retordre. Mais dans l'idéal on n'aurait à tuer personne, ce qui me convenait nettement mieux. Ce qui conviendrait nettement mieux à tout le monde, plutôt. Je suis pas un froussard et tuer quelqu'un avec ou sans arme n'est pas un problème pour moi, toutefois j'ai un minimum de conscience et j'aime pouvoir me regarder dans la glace le matin en ayant pas honte de ce que je suis. La plupart des gens penseraient que je suis (que nous sommes, en fait, j'inclus les trois autres aussi) un monstre. Quelqu'un sans scrupule. Des fainéants qui refusent de travailler. Des maniaques. Des exclus de la société, des rebus. Mais après tout, que ferions-nous de quatre-vingt millions de dollars ? On avait d'autres plans en tête, voyons. Des trucs beaucoups plus drôles. Comme ce que nous faisions maintenant.


Mardi 17 juillet 2007 à 3:38

Règle numéro un : on ne ne compte que sur soi-même.
Règle numéro deux : on n'implique les autres que le minimum nécessaire.
Règle numéro trois : ne jamais avoir du sang innocent sur ses mains. Tuer mais pas assassiner.
Règle numéro quatre : ne pas trahir quelqu'un tant qu'il n'ait pas donné une bonne raison de le faire.


C'est en suivant ces règles, qui constituent mon code de conduite, que j'étais là. Ouais, là. Avachi sur une chaise, les pieds sur le bureau, en train de griller une cigarette à la chlorophile. La flemme qui m'envahissait lentement. Et puis la vitre devant moi. La grande vitre. Les portes-vitres. Et les flics, et les forces spéciales, et toutes les conneries. Les journalistes, les commères, les bouffons et tout le bordel qui arrive dans ce genre de cas. Et puis, ma jolie M4 aussi. Classique, diront certains. Ouais, ben moins qu'une AK-47 ou qu'une AK-74. Et puis on s'en fout, après tout, une balle reste une balle, qu'elle provienne d'un chargeur russe ou d'un canon américain : un morceau de plomb qui va se tailler la part du lion dans ce qu'il touche, avec une méprise sans nom pour le mal qu'on se donne à entretenir nos organes.
Je suis prêt à parier gros, vraiment gros, que les otages en bas pensent la même chose. La moitié d'entre eux pensent probablement qu'on va les descendre. Les otages sont toujours comme ça. Toujours peur. Ils pourraient avoir un type inoffensif en face qu'ils ne s'en rendraient pas compte. Ceci dit, n'importe quel type inoffensif devient dangereux avec un flingue dans les mains, pour peu que la sécurité ai été enlevée. Donc, en un sens, ils avaient pas tort.
En un autre sens, ils avaient tort. D'abord parce que je suis pas un sadique qui tape pour le plaisir. Ensuite car ils possédaient un certain pourcentage de chance de contracter le syndrôme de Stockholm, ce qui m'arrangerait en partie. Et ce qui arrangerait pas les autres abrutis, occupés à faire leur bordel.
"Le plan Ultime". Ultime à défaut de parfait, évidemment, rien n'est jamais parfait. Il y a toujours une faiblesse quelque part. Une défaillance. Pas dans ce plan là. A moins qu'elle soit, bien entendu, humaine. On n'est jamais à l'abri de ce genre de conneries. C'est exactement pour cette raison que je fumait tranquillement ma clope en me concentrant pour ne pas me relâcher. Pour ne pas être la défaillance. Les autres ne failliraient pas, je pense.
C'était le rassemblement des tarés. Un vrai "freak show", comme on dit en anglais. On avait tout ce qu'il fallait pour un producteur de film, vraiment. Le taré en explosifs, le militaire qui attends que l'occasion de faire usage de son arme, le cerveau qui donnait les ordres... Et puis moi, le mercenaire baroudeur blasé. La totale.
Les forces spéciales crève d'envie d'entrer, je vois ça d'ici. Je parie que nos amis les journalistes, les obsédés de l'information, doivent inventer une bonne grosse connerie pour qualifier ce qu'on fait ici.
D'ici ce soir on aura un joli titre ronflant sur les innombrables journaux. On va être (encore) à la une. Ca va, on s'ennuit pas trop en compagnie des autres bouffons, là.
Je vois ça d'ici, attendez voir... "Prise d'otages : situation inconnue " "Que va-t-il advenir des otages ?" Blablabla... Mais réfléchissez un peu tas de cons, les otages, on va pas les violer ou quoique ce soit, bordel... Enfin, tant qu'ils nous font pas chier...
- Comment ça va, concierge ?
- Ca roule ma poule.
Liam. Un irlandais complètement dingue, mais sympathique. Un petit gars qui tenait pas en place. On a toujours tendance à traiter les autres de fous avant d'apprendre à les connaître. Certes, Liam se serait fait sauter une bonne demi-douzaine de fois si on avait pas l'oeil alerte. Mais c'était un bon bougre et il aimait plus ses explosifs que faire du mal aux gens.
- Tu penses que les volatiles vont nous rendre visite ce soir ? demanda-t-il.
- Non... Au besoin, je les plumerai avec ceci, dis-je en brandissant ma M4.
- Ok, te branle pas trop pendant que je vais jetter un oeil sur nos minettes.
- T'inquiète pas. Je connais mon job.
- Ouais ouais...
On connaissait chacun notre job. On était des pros. Des vrais pros de notre spécialité. Comme toujours dans ce genre d'histoire, quoi. On maîtrisait totalement la situation, les poulets patinaient à mort. Notre cerveau avait déjà embobiné le type chargé de négocier avec nous. Comme d'hab. Je travaillais  avec cette bande de zozos depuis pas longtemps mais ils étaient sympathiques, et faisaient le job proprement. Tout ce que je demandais en somme. On étaient vachement bien, dans cet endroit. Salement décoré, comme toujours. Les banquiers ont toujours eu mauvais goût, selon moi. Elle était bien cette banque. Un véritable bastion. Une forteresse. L'enfer tactique. Je m'explique.
Une entrée, trois doubles portes en verre qui donnent directement sur des escaliers. Donc déjà on sait que l'ennemi arrive et il est toujours plus dur de grimper un escalier que de courir sur du plat. Ensuite, un joli hall de réception avec des guichets, c'est là où je me trouve. Pratique parce qu'on peut canarder l'ennemi juste assez longtemps pour le retarder. En plus, ils arrivent droit devant vous au compte goutte. Pan pan pan pan. Je vois ça très bien, j'ai une bonne imagination. Et j'suis un bon tireur, aussi. Je me faisais limite chier, là, dans le hall, tout seul avec ma clope.
- Dickhead ?
- What's up, cocksucker ?
Un seul type pouvait me parler comme ça : Boris. C'était obligé : il fallait qu'on ai un bourrin russe nommé Boris. Obligatoire. Je l'ai aimé au premier coup d'oeil celui là. Vous prenez une armoire à glace vous lui mettez une tête, un treillis et une arme dans les mains : Boris. Il avait l'air méchant comme ça, mais c'était une tendresse avec les gosses. Les femmes c'était pas son truc, par contre. Il savait comment elles fonctionnaient et ça avait l'air de lui suffir amplement. Il prit un siège, le souleva d'une main et le posa à côté du mien, avant de s'avachir dessus tout comme moi. Tout ceci sans lâcher son arme, bien entendu. Boris sans arme dans les mains ça semblait relativement impossible. Que ce soit un couteau, un flingue, un fusil, une carabine, un taser, un bazooka ou une mitrailleuse, il fallait qu'il ai un joujou en main.
- Tu te fais pas un peu chier, là, tout seul ?
- Sisi, d'ailleurs je te remercie de venir me tenir compagnie, on va pouvoir se tirer dessus pour s'occuper.
- Bien sûr...
Bien que nous soyons d'origines différentes, nous tous, nous parlions tous un anglais remarquable, car dénué de tout accent pouvant indiquer notre provenance. C'était convivial, ici, en plein milieu d'un braquage avec prises d'otages. Non, moi je me sentais bien. J'avais faim. Boris me tendit un sandwich, et engloutit un autre. Je savais pas trop ce que notre cervelle nationale allait nous faire faire par la suite, mais j'étais sûr qu'on s'amuserait beaucoup.

Jeudi 12 juillet 2007 à 6:33

- Ca va comme tu veux ?
- Viens pas me faire chier, veux-tu ?
- Te v'la tout grognon.

J'avais bien besoin qu'on me dise ça. J'avais dormi dans une position franchement inconfortable, sur des pierres dures... comme le roc. J'avais le dos en compote et on pouvait probablement voir des cernes sous mes yeux. Mal partout. Tête cou nuque pieds mains dos mollets cuisses bras avant-bras coudes. Partout. Et cet abruti de Loyd qui me regardait avec ses grands yeux ronds et son sourire niais.

- J'vais t'en coller une pour m'avoir réveillé, tiens, ça t'apprendra.

Il faudrait déjà que j'arrive à me lever. Il rit.

- Excuse moi, c'est vrai que tu dormais comme un ours. Affalé de tout ton poids sur le roc, bouche ouverte et ronflement.

Enflure. Mais il avait probablement raison.

- Tu ne peux prétendre à guère mieux. Bon, cesse tes conneries et aide moi à me redresser bordel !
- Viens par là mon p'tit père... Ourf !

Une fois sur pied, je commençais à entrevoir le reste de la forteresse. Putain, je m'étais endormi au beau milieu des remparts. Première ligne, comme ça si y'avais des assaillants ils n'auraient qu'à me tuer dans mon sommeil. Facile. Et les autres, où sont les fainéants qui restent ?

- Le cinquième bataillon, où qu'il-est ? demandai-je en me grattant la tête.
- Tu suis les macchabés et t'auras p'tet le chef.
- Merde.
- Comme tu dis.

C'est vrai que y'avais des morts un peu partout. Non. Y'en avais partout. Pas un peu, partout. Et du sang aussi. Rien de surprenant, quoi. On est au beau milieu d'une forteresse, alors des morts, pensez-vous, rien d'anormal. Même si là y'en avais un sacré paquet. A perte de vue.

- On est les derniers ?
- Mais noooon. On a encore quelques centaines de bonhommes dans la cour du donjon.
- Ouais m'enfin...

Je glissai un oeil du côté qui ne me montrait pas l'intérieur de la forteresse.

- Ils sont encore une bonne dizaine de milliers, en face.
- Et alors ?

Ouais. Il avait raison. Et alors ? On va tous crever. Après tout, rien de surprenant. J'étouffai un baillement lorsqu'il commença à m'entraîner vers le donjon et les autres. Ouais. Trois cents bonzhommes maxi, tous aussi fourbus et épuisés que moi. Presque tous aussi blasés, pour ce que je pouvais en voir. Nickel. On allait faire le grand saut avec des types qu'on comprendrait un minimum. Joie. Un gugusse grimpa sur un tonneau et commença à nous dire que l'ennemi arrivait. Te fatigue pas ducon, formation équipement salut claquement de bottes c'est notre boulot, on est soldats de profession. La paye c'est en option, si on survit. La belle formation que voilà, un bon vieux carré défensif des familles, avec l'épée tirée toussa on aurait presque l'air cool. Mais bon, l'ennemi arrivait. Ce couillon de Loyd à côté de moi, je me sentais plus blasé que jamais.

- La vache, c'est triste ce carré.

Sacré Loyd. Quel sens de l'observation. Remarque, un dernier carré n'est par définition jamais joyeux.

- Faudrait pousser la chansonette un minimum.

Mais pourquoi tu me glisses ça à moi, vieux ? Faut le dire au reste du groupe.

- Eh, tu m'écoutes ?

Bien obligé.

- Tu as pas une idée de chanson, là ? On pourrait rire un coup, c'est notre dernier jour sur Terre.
- Tu te rappelles de cette chanson qu'on chantait dans l'auberge juste avant leur arrivée ?
- Ouais. Tu penses que... ?
- Bah essayons.

Et on a commencé à chanter. A deux couillons. Les deux abrutis du milieu de rang première ligne se sont mis à chanter. Moi, pas fort. Loyd donnait toute la puissance de sa voix. Pis le mec à côté de moi s'y est mis aussi. Pis plusieurs autres. La vache, ça marche son truc. Au bruit qu'on fait, les dix premiers rangs doivent chanter là. Au moins les dix premiers !

- Dis, Loyd, tu veux en venir où avec cette connerie ?
- Ben je sais pas, je me disais c'était triste de crever comme ça. On pourrait les attaquer, aussi, plutôt qu'eux nous attaquent.
- Vil fourbe. Tu me donnerais presque espoir.
- Ah non, je te rassure, c'est foutu d'avance.

Possible. Mais avec presque les trois cents gugusses qui chantaient cette chanson de guerrier, on se sentait pousser des ailes. L'adrénaline. On la sentait monter dans nos veines. Ah, voilà les ennemis. Rooooh un beau rectangle. Belle formation.

- Loyd.
- Hum ?
- Elle est belle leur formation.
- Ouais.
- Ca donne envie de leur rentrer dedans.
- Pour sûr.

La vache, c'est parti de deux zèbres et maintenant voilà que tous les autres bouffons qui nous suivent chantent aussi. Mais je me marre. Je me marre ! J'ai envie de rire c'est terrible. Ils commençaient à taper sur leurs boucliers, ca faisait un vacarme du tonnerre. Plus possible que Loyd m'entende avec ça. Roooh la belle formation ennemie. Envie de rire. Cogner. Rire. Comme un dératé, je m'élance vers les ennemis. Un truc me suit, probablement Floyd. Nom de dieu je rigole. Je cours droit sur une formation de lances ennemies, mais qu'est-ce que je rigole. Les autres nous ont suivis, au bruit qu'ils font.

On leur est rentré dedans franchement violemment. Ca oui, on les a complètement piétinés, écrasés, on était tous emportés par cette poussée d'adrénaline. Et moi, j'ai rigolé. On a mangé le deuxième service, on s'est fait tailler en pièces un par un. Et j'ai rigolé. Loyd aussi rigolait. Je rigolais toujours lorsque cette épée est passée dans mon ventre. Je suppose que j'aurai dû avoir mal, mais j'ai préféré rire deux fois plus fort et décapiter d'un revers de lame le possesseur de cette épée. Loyd aussi avait quelque chose dans la poitrine, et il continuait à rigoler. J'ai trébuché, et je me suis rattrapé à lui juste à temps pour qu'on se fasse empaler par une lance mal placée. Il est mort de rire. Moi aussi.

Putain, ce qu'on a rit le jour de notre mort. C'était formidable.

Lundi 9 juillet 2007 à 4:53

- Alors ?
- Alors quoi ?
- Satisfait ?
- Si tu réfléchissais deux minutes.
- Just checking.
- C'est ce que tu dis toujours.
- Faut croire que je suis pas original.
- Tais toi ma grande.

Il n'aimait pas que je le taquine. Moi non plus je n'aimais pas quand c'était lui qui me taquinait. Lui. Un type habillé uniquement en noir de la tête au pieds, avec un bon gros manteau tout droit sorti de Matrix. Mais il avait pas de lunettes de soleil. Non, ça il détestait les lunettes de soleil. Pas mon cas.
Moi, j'arborais une veste en jeans sur un bon vieux futal couleur bleu marine. On se baladait tranquillement dans la rue, avec vue sur la mer. Ville ? Je sais plus. J'ai dû jeter un vague coup d'oeil sur notre billet d'avion lorsqu'il me l'a filé. Même pas sûr. Traversé l'Atlantique pour arriver ici. L'occasion pour moi de vérifier que je détestai toujours autant l'avion, et que lui adorait toujours autant cette espèce de fer à repasser qui lutte contre la gravité.
Lui, c'était Quid. Il voulait qu'on l'appelle comme ça.

- A ton avis, on verra ça d'ici ?
- Je ne pense pas.
- On prends le pari ? suggérais-je en esquissant un sourire.
- Mouais, répondit-il en me rendant ce sourire.

Quid dégaîna une clope et l'alluma. Il savait que je détestait le voir fumer. Mais il en avait besoin, c'était un truc à lui, et je ne pouvais pas lui en interdire une de temps en temps. Je m'arrêtai sur le trottoir qui faisait face à la mer et la plage, et regardait. La plage grouillait d'activité diverses. Logique, les USA, les jeunes gens, l'amour, le soleil, l'argent, les plages... On était peut-être à Miami ? Je n'avais pas envie de lui demander.

- Je me demande s'il se souvient encore de nous, articula mon ami en mâchouillant sa clope.
- Pense-tu. Même nos têtes ne doivent plus rien lui dire.
- Dommage. Il saura pas qui lui aura envoyé son cadeau.
- Ni ses amis. Mais bon, sans nous il n'aurait rien eu, hein ? demandais-je en m'accoudant sur le rebord face à la plage.
- Mouais.

Une petite brise se leva et fit danser la fumée de sa clope. J'avais envie de musique. Un truc léger et rapide. Du DragonForce par exemple. Ou du rock. Quelque chose de simple pour aller avec ma bonne humeur. Un ballon de plage fusa vers ma tête, mais je l'écartai d'un revers de la main, sans prêter attention aux jeunes crétins qui allait le récupérer. On se sentait bien, là. De l'air frais, juste la température qu'il fallait. Je me mis à rire doucement.

- Quoi d'drôle ?
- Rien, rien.
- Mon dieu, tu penses qu'on peut trouver de la vodka par ici ?

J'éclatai de rire.

- Chercher quelque chose de russe chez des ricains ? Y'a que toi qui peut avoir des idées aussi farfelues.
- Comme dit poliment ma petite soeur, je te merde.

J'éclatai de rire à nouveau.

- Cette chère Lucie, c'est vrai. Ca fait un moment qu'on l'a pas vu, dis donc.
- Eh non. Voyage de noces, toutes ces conneries... grommela Quid.
- Conneries ? Ca doit être bien je pense, être où tu veux avec la personne que tu aimes.
- Pas besoin de se marrier pour ça.
- Ah bon ?
- Tromperies, mensonges, colères, tout ça c'est les ingrédients du mariage !

Le voir gesticuler avec sa clope en main me fit rire à nouveau. C'était du Quid tout craché ça. Il avait toujours été comme ça depuis que je le connaissais.
Nous reprîmes la route, le long de la plage jusqu'à ma voiture. Je m'écroulai sur le fauteuil du chauffeur tandis que lui se glissait tranquillement à la place du mort. Il tendit le bras et alluma la radio. Un groupe de Métal alternatif qui m'était totalement inconnu. Parfait.

- On va voir qui a gagné, dis-je.

Il marmonna une forme de réponse. La voiture sous contact, je commençai à rouler doucement. Je devinai son regard qui parcourait les immenses immeubles qui faisaient face à la mer. Le milieu d'un immeuble à approximativement trois cent mètres devant nous explosa, avant de faire s'écrouler le reste de l'immeuble. Comme au cinéma, avec les flammes et tout et tout, dans un vacarme audible de loin.

- J'ai gagné.

Il grommela quelque chose comme quoi il n'avait pas réfléchit avant de parier, et tira une feuille d'une poche de son manteau.

- Bon anniversaire, mon cheeeeer, chantonna mon compagnon en rayant un nom sur la liste.
- Et dire que ses proches ne savaient même pas la date de son vrai anniversaire.
- Et oui, c'est ça que de se cacher sous une fausse identité, on ment à tout le monde. Mais pas à ceux qu'il faut.
- Bon. C'était le quatrième. Encore six.
- Destination, l'aéroport, et zou !

D'un grand coup de pied, j'écrasai l'accélarateur tandis qu'il montait le son de la radio. J'étais d'excellente humeur, et lui aussi.
Qu'est-ce qu'on se marre, dans ce métier.




Jeudi 14 juin 2007 à 2:02

Le Bac de français est passé.
Eh ouais, tout le monde en parle, c'est à l'échelle nationale, toussa... Faut bien que j'en parle aussi.
De plus, un lapin souhaitant rester anonyme m'a convaincu de poster un article. Je doute sincèrement de sa santé mentale. Un jour, faudrat essayer de pousser la connerie à son paroxysme par ici.
Ca me semble l'endroit parfois pour écrire tout un tas d'absurdité non organisées. Ou organisées, d'ailleurs.

Normalement, mes lecteurs habituels (j'ai découvert quelques rebus de la société qui en étaient réduits à lire ce genre trucs que je pond de temps à autres) devraient se demander quel sujet moisi j'ai choisi. Si j'ai choisi un sujet, évidemment. La réponse est non, tas d'abrutis. Le sujet, on le choisi pas, on le découvre pas, on écrit comme ça vient, et plus y'aura de conneries, plus on sera sûr d'être tranquille. Du moins croyais-je.

J'ai fait des découvertes inestimables, à tel point que l'humanité s'en passe totalement. J'ai recherché des musiques, et surtout je cherche un moyen de foutre un volume 300% sur mon autoplay. Parce que ça c'est l'arme de dissuasion massive (et de sauvegarde de l'espèce humaine par la même).

Je disais quoi, déjà ?
Lapin, oui bon mais encore.
Le Bac, c'est ça. Le bac, donc.
Epreuve nationale, dure mais banalisée au possible. Autrefois à jour, maintenant complètement à revoir. Rien de neuf sous la lune.
Etant donné que tout le monde ne ratait aucune occasion de me sauter dessus en me demandant si j'avais révisé (ce que je tiens à dire, je n'ai pas fait), j'en ai courageusement (oui, car ça fait peur ce genre de conclusion) conclu que tout le monde était dans un état de stress important.
Et c'est dans ces moments là que je suis vraiment content d'arborer ce sourire de blasé. Non, mais franchement. J'aurais pensé que je m'inquièterais un minimum le jour même. Même pas. J'en fus réduit à dessiner des lapins sur mon brouillon. Pourquoi est-ce que je vous raconte ça ? Parce que je trouve déplorable que le système soit foutu de façon à ce que les profs se fassent fatidiquement chier durant ce genre de moments. J'ai pu dénombrer 4 communications entre les élèves dans la salle où j'étais. Je ne suis pas une balance, mais bon.
C'est fortement dramatique et j'en conclut donc que lapin.

J'ai trouvé des trucs franchements débiles sur les lapins, dont je ne manquerais certes pas de vous faire part, de toute façon si vous lisez ceci vous avez un cerveau suffisamment amoché pour qu'il soit impossible de revenir en arrière.

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